La petite chapelle blanche

La petite chapelle blanche
La petite chapelle blanche

Que peut-on dire quand il n'existe aucuns mots pour traduire une situation ?
Comment faire comprendre aux autres la profonde confusion qui m'habite, si le précieux lien du langage ne m'est d'aucun secours ?
Moi, qui se répugne à l'affreux fardeau du secret, se retrouve à être porteuse du plus terrible d'entre eux. Pourtant, je sens le poids des hivers gagner peu à peu sur mes os et ma peau. Je peux percevoir la trace des années sur le reflet de ma glace. Mon âme doit s'exorciser de son dernier fantôme avant de regagner les limbes. Cette chimère, je suis prête à vous la livrer en héritage. Le seul récit que j'ai toujours caché en moi, pour ne pas qu'il s'alterne sous le regard des autres.


C'était attirée par le calme mortuaire des lieux que je m'étais rendu dans le cimetière, ce matin là.
À l'époque, je n'étais encore qu'une adolescente, qui laissait ses vêtements sombre traduire son mal-être.
Je préférais largement affronter les rigueurs d'une marche forcé dans le froid, plutôt que de côtoyer un entourage qui me répugnait. Non, je n'étais pas une de ces pauvres jeunes filles, animées d'une passion morbide pour tout objet symbolisant la mort. J'étais seulement une enfant très triste, habillée de noir, qui avait été appâtée par la rouge beauté des feuilles d'automne contre la noirceur des tombes.
J'étais arrivée à me lasser de lire ces inscriptions gravée contre la pierre quand me vint une curieuse pulsion; celle d'entrer dans la petite chapelle blanche qui se dressait près des lieux.
Étant athée, il ne m'était jamais arrivé, pas une seule fois, de visiter une église. C'est dans un curieux mélange d'excitement et d'anxiété que j'ouvris la porte du bâtiment. Celle-ci n'opposa aucune résistance.
Je fus agréablement surprise de trouver la vaste salle vide, moi qui n'avais envisagé la possibilité qu'il ait qui que ce soit. J'ignorais si je commettais une infraction en profanant ainsi un endroit sacré, mais l'enthousiasme prônait sur ma conscience. Cette chapelle était un lieu plutôt modeste, même pour une petite ville comme la mienne. Étant composée d'une pièce plus longue que large, elle faisait penser à un long corridor, soldé par un vaste hôtel. Ci et là, on pouvait observer une effigie du Christ sur la croix, ou un tableau relatant un passage de son agonie. Ce que je remarquai surtout, c'était ces statues de personnages bibliques qui me regardaient d'un ½il dur. L'étrange pensée que ces sculptures savaient que j'étais intruse me traversa l'esprit.
Malgré tout, je trouvai le courage d'avancer jusqu'au devant de la salle, là où s'étendait une large banquette.
J'y pris place, souhaitant ainsi mieux examiner la marginalité des lieux. Sur un socle tenait en équilibre un impressionnant assortiment de lampion et d'encens. Curieusement, ces derniers brûlaient.
Même si ce socle était à une raisonnable distance de moi, les lourds relents de fumée parvenaient à mes narines et m'assommaient de leurs parfums. J'imaginais mal comment quelqu'un pourrait volontairement venir ici chaque dimanche pour subir un tel supplice.
Malgré cela, je joignis mes mains en signe de prière, prête à jouer le jeu jusqu'au bout. J'allai même jusqu'à fermer les yeux et à commencer à murmurer les quelques fragments de prières que j'avais fini par connaître. Je fus surprise d'une telle audace venant de ma part.

Je fus presque paniquée en revenant à moi. Évidemment, la lumière tamisée et l'inconfortable banquette firent vite de me rappeler mon emplacement exacte. Malgré tout, il y avait quelque chose de fondamentalement changé dans cette chapelle qui avait, à priori, l'aspect d'un lieu abandonné.
Cette rapide métamorphose d'atmosphère avait presqu'un quelque chose de surnaturel.
Mais qu'es-ce qui me permettait de qualifier ce changement de "rapide" ? Après tout, qui sait combien de temps j'avais pu m'assoupir alors que je m'attelais à cette fausse prière... Je ne mis point longtemps avant de cerner les quelques détails qui me laissaient croire que "la vie animait les lieux".
Premièrement, je m'aperçus que l'étourdissant parfum de l'encens avait maintenant une odeur étonnamment plus forte. À un tel point que je craignis de suffoquer. Aussi, la température s'était visiblement réchauffée, dans cette pièce où j'avais d'abord eu du mal à discerner une différence avec l'air glacé de l'extérieur.
Malgré tout, je n'hésitai point à revêtir ce long manteau que j'avais à la base abandonné quelques instants sur la banquette. Pour une raison qui m'échappe encore, j'avais l'intuition que je n'étais pas en sécurité dans un lieu aussi ténébreusement religieux. J'étais prête à partir quand j'entrevis une étrange silhouette près de l'hôtel. Probablement aurais-je crié, mais mon cerveau ne semblait pas vouloir traiter l'information que mes yeux percevaient. Comme si toutes ces histoires d'apparitions et de fantôme ne pouvaient m'arriver.
Ma lucidité finit par reprendre le dessus, et je constatai que mon « apparition » était un visiteur, qui me faisais dos, et priaient à genou devant l'hôtel. Je restai pourtant là, immobile, à regarder cet inconnu. Il y avait quelque chose de jouissif, à regarder quelqu'un sans qu'il n'ait conscience de votre présence.
Le relent étourdissant me donna à nouveau un vertige, comme pour m'inciter à quitter les lieux, mais un bruit me retint.
Un sanglot. La femme pleurait. J'étais bien présomptueuse de tout de suite la juger femme, mais son sanglot et son long imperméable dégageaient quelque chose de féminin. Cette fois, le vent frappant contre les vitraux s'était ajouté au concert de sanglots, ajoutant une note toujours plus ténébreuse aux lieux. J'avais horreur de l'agressive odeur d'encens, mais l'empathie que je portais envers de l'inconnue me clouait sur place.
J'ignore combien de temps je restai sur place, à écouter les pleurs de l'éplorée, mais je finis par trouver le courage de lui adresser la parole. «Pardonnez-moi», dis-je. Mais ma voie semblait trop timide pour franchir la barrière du souffle de la tempête et parvenir aux oreilles de mon interlocutrice. «Pardonnez-moi !», répétais-je, maintenant avec une assurance qui fit raisonner ma voie contre les murs et profana le silence religieux.
La femme ne se retourna pourtant point. La sollicitude fit place en moi à la consternation.
Triste ou non, je trouvais que cette bonne femme avait du front de m'ignorer aussi évidemment. J'hésitai à partir, mais les sanglots hachés de la dame ne firent que me provoquer davantage. Que cela ne tienne, je pris comme devoir personnel d'attirer l'attention de la bonne femme. Je me dirigeai droit ver elle, puissant une confiance en moi dans le bruit de mes pas contre le carrelage. Arrivée à cette pleureuse qui me faisait dos, je mis ma main sur son épaule, l'adolescente rebelle que j'étais à l'époque ne supportait pas qu'on se joue d'elle bien longtemps. «Je crois vous avoir adressé la...».
Ma phrase resta en suspens quand elle eu le culot de violement repousser mon bras, en la heurtant de sa main ridée. Je ne m'attendais point à une telle vigueur de la part d'une silhouette aussi frêle.
Peut-être à cet instant aurais-je dû rebrousser chemin, comprenant qu'un comportement aussi dominant ne me tournerait qu'au ridicule. Mais cet éclair de sagesse se dissipa complètement, lorsque les pleurs de la vieille femme reprirent de plus belle. Cette fois c'en était trop, la rage fessait même battre le sang à mes tempes. Et cette ingrate ne daignait même pas se retourner !
Choquée, je me décidai à finalement la contourner et au moins pouvoir la regarder droit dans les yeux. Je m'exécutai, prenant le restreint espace libre entre l'hôtel et la vieille femme agenouillée. Mais cette vieille femme n'en était pas une. Un aperçu de la mort, voilà ce qui lui tenait de visage. J'étais comme hypnotisé par ces capillaires sanguins, que laissait entrevoir cette peau transparente de blancheur.
Je croyais apercevoir le tableau dément d'un artiste en pleine folie. La chose pleurait en contorsionnant son visage, mais un tel monstre ne pouvait être animé de la sorte. C'était...comme..un cadavre revenant de son froid tombeau pour hanter les lieux. J'hurlai comme il ne m'avait jamais été donné d'hurler de toute ma vie. La créature chauve se leva, me fixant de ses orbites vides. Elle pleurait maintenant d'une façon si ridicule que je doutais que ce son puisse émerger d'une créature réelle. Elle se leva, et je criai de plus belle.
Ma voie casée par la terreur se répercutait contre les murs et me déchiraient les tympans. Le démon laissait échappé de larges flots de larme de sang, en tendant sa main ridée vers moi.
Elle s'avançait. Paniquée, je reculai, sans réfléchir. Je trébuchai contre l'hôtel qui était plus près de moi que je l'aurais d'abord cru. Je m'étais déjà évanouie de terreur lorsque je m'affaissai contre le socle de lampions allumés.

Ainsi se conclus mon récit. De cet horrible événement, je ne puis me rappeler davantage.
Quand j'avais finalement repris conscience, dans une incandescente douleur, j'étais à l'hôpital. Quand j'aperçus mon visage dans le reflet d'une vitre, je sombrai dans l'hystérie. À quelque part, je savais que cette matinée d'horreur avait laissé sur moi plus qu'un simple souvenir cauchemardesque.
Ce n'est que plus tard qu'on consentit à m'expliquer le véritable dénouement. On me narra avec justesse la surprise qu'avait eue une petite communauté chrétienne, en apercevant leur chapelle en flamme. Mais, à l'intérieur, selon les dires des pompiers, ne logeaient aucune créature d'outre tombe.
Seulement une jeune fille inconsciente, en train de laisser les flammes lécher sa toujours vivante carcasse. Après de nombreux mois d'hospitalisation mes proches purent enfin observer le démon que je décrivais avec tant de rage, lors de mes délires comatiques. Ils purent l'observer, mais sur mon visage.
Aucune greffe de peau et aucune chirurgie plastique ne réussit à améliorer le cas de cette adolescente maintenant grande brûlée. Peut-être croirez vous que je ne suis qu'une pauvre victime, qui tente d'inventer un contexte paranormal à la tragédie qui a détruit sa vie. Peut-être avez-vous raison...

Qui sait ce qui s'est vraiment passé, ce matin là, dans la petite chapelle blanche ?

# Posté le lundi 27 octobre 2008 21:23

Modifié le jeudi 30 octobre 2008 23:44

Parlons de drogue

Parlons de drogue
Parlons de drogue

Au fait, probablement qu'en lisant ce titre, vous vous direz "aaah, t'cheque le ptit bourgeois qui vas nous dire que la drogue c'est maleeeuh". Si vous pensez un truc comme ça, vous avez peut-être raison....
Qu'es-ce que je dis là ?!?
Mais non, vous avez tord !
À première vue, c'est vrai que je n'ai pas l'air d'être un punk qui vie en marginalité, possède un environnement familial chaotique et peut facilement tenir une conversation d'une période de français à propos des effets hallucinogènes de telle ou telle drogue.
Pourtant, je me sens vraiment concerné par le sujet...
Pourquoi ?
...
...
alors ?
...
...
Je crois qu'il y a deux raisons possibles

1- L'élément risque d'avoir un rapport direct avec ma vie (si j'ai consommé, je consomme ou je vais consommer (ce qui n'est pas le cas))

ou

2- L'élément a un rapport direct avec la vie d'un proche (ce qui est absolument le cas, probablement aussi pour la personne qui me lit en ce moment)

Voilà la réalité; nous sommes des adolescents et toutes les chances sont de notre côté pour que l'on soit un jour ou l'autre confronté à la drogue.

DONC

Nous sommes tous concernés.

Ceci dit, ça n'explique toujours pas pourquoi j'écris un article sur ça.
Et bien voilà pourquoi; j'ai l'impression que les seuls arguments/exemples qu'on nous enseigne dans les média/à l'école, à propos de la drogue, sont complètement clichés !

Je veux dire,

c'est intéressant de savoir que la drogue c'est mal et que ça contient pleins de trucs chimiques qui finissent par donner le cancer..mais...en quoi ça l'a rapport avec notre vie présente ?
Qu'es-ce qui nous empêches de consommer maintenant et d'arrêter avant d'avoir le cancer ?

Et bien voilà pourquoi; trop de personnes voient le pot comme un passe temps. Le mot est mal choisis, étant donné que le pot leurs permet carrément faire disparaître le temps ! De flotter dans un univers où l'autorité, les problèmes familiaux et les soucis d'argent ne comptent pas vraiment.
Et dans cet univers, ils se sentent bien !
Alors de retour dans le monde réel, il se demande pourquoi ils ne peuvent rester indéfiniment aussi heureux.

Alors, ils commencent à agir comme si le monde du "trip" était un but dans la vie !
Sans s'en rendre compte, ils se débarrassent de l'autorité, des responsabilités, des sentiments...
Ils deviennent un peu comme des zombies; à vivre dans un monde qu'ils s'efforcent à rendre de plus en plus vide.

Et voilà qu'ils n'ont plus d'amis. À moins qu'on considère ces autres drogués autrement que comme des machines à trouver du stock.

On lâche l'école et vit en dehors de l'autorité. Mais en même temps, comment trouver un moyen concret de prouver qu'on ne souffre pas pour rien...

Peu à peu, on gagne un monde vide, comme celui des trips..
..
..
Pourtant, on n'est pas heureux
..
...
Alors on consomme encore, en tentant de rendre l'expérience la plus intense possible. Comme ça, cette fois, on trouvera peut-être LA chose qu'on n'a pas encore fait dans le monde réel. LA chose, qui nous permettraient d'être heureux, libre.
On cherche, on cherche...
Pendant ce temps, on devient, sans qu'on s'en rendre compte, accroc physiquement à ça
...
on s'approche toujours du point de non-retour...
...
Et voilà qu'on finit par désespérer
et on finit même par oublier si on peut être VRAIMENT heureux ailleurs que dans la drogue

On pourrait toujours subir une cure de désintox mais....qu'es-ce qui nous resterait ?
Notre monde est déjà vide mais, sans la drogue il le serait encore plus !
Nos conversations portent sur la drogue, nos amis sont des drogués, notre seule activité sociale est la drogue.
Quand on fait autre chose, on ne fait que penser à notre dernier ou notre prochain trip.
Tous nos aspects de notre vie sont axés sur la drogue, alors si on l'enlève, il ne restera plus rien !

C'est là qu'on est vraiment perdu
C'est là qu'on sombre

Ce qui est si dangereux avec la drogue,
C'est qu'elle nous empêche de souffrir assez
De devenir assez fort
et se préparer à être

Heureux

# Posté le jeudi 30 octobre 2008 23:39

Ce que je veux être plus tard

Ce que je veux être plus tard
Ce que je veux être plus tard


Voilà la question qui ressort le plus statistiquement, dans les 16 premières années de la vie d'une personne normale. Je veux dire; c'est une façon comme une autre de démarrer une conversation dans une rencontre de famille. En prime, on peut aussi avoir un aperçu

+ De l'éducation qu'à reçu l'interlocuteur
(« moi je veux être prêtre », « moi je veux être éboueur», etc...),

+ On peut connaître sa relation avec les réalités de l'univers
(«je veux être astronaute !», «je veux être conseiller en placement», etc...)

+ On peut même connaître les relations qu'il porte envers des membres de sa famille
(Si l'enfant dit d'un ton peu enjoué; «Je veux être comptable, comme mon papa».)

Quand on regarde ça, on pourrait dire que c'est la question parfaite à poser aux enfants random dans les partys de noël. Moi-même, je l'ai déjà entendu mille fois, mais il existe quelques nuances;

- Qu'es-ce que tu veux devenir plus tard ?

Ou bien

-Qu'es-ce que tu veux être plus tard ?

Personnellement, j'ai toujours trouvé cette dernière question particulièrement traumatisante. On demande qu'est-ce qu'on veut être plus tard. Comme si le temps allait complètement effacer toute notre personnalité, nos ambitions présentes, nos talents. Et qu'on se réveillerait un matin, en étant engagé à un bureau quelconque, à exécuter un travail monotone et ennuyeux qu'on s'était promis de jamais faire quand on était enfant.
Et que toutes les valeurs et les idéaux qu'on avait eu, à la période où on se croyait mature et conscient, n'étaient qu'une autre idiotie due à notre naïveté.

La première formulation de la question, elle, est beaucoup plus facile à gérer...
Qu'est-ce que je veux deeveniiir. Deveeniir, une évolution normale de toutes mes capacités présentes. Comme si avec le temps, ma personne pourrait évoluer, s'affirmer et qu'on aboutisse enfin à noootre travail, cet idéal absolue, spécifique à nous-même.

Et qu'es-ce qu'on répond à ça ?

- Je veux être écrivain...

Notez bien le retour du « être » qui me répugne pourtant.
Pourquoi utiliser ça au lieu du « devenir » ?
Parce que maintenant le « devenir » symboliserait que c'est un rêve totalement inatteignable, qui n'a aucune possibilité présente. Il faut avoir de la conviction pour montrer qu'on prend ça au sérieux, qu'on est conscient du monde réel mais que notre choix reste de le même. Je veux « être » écrivain, ça fait parti de ma personnalité, tous les aspects de ma vie sont dirigés vers ça ! C'est mon choix définitif et je ne laisserai personne me contredire.
Même avec tout cet enthousiasme, la phrase se solde d'un « ... ».
Pourquoi pas un « ! » ?
Et bien, parce qu'il faut faire semblant de ne pas être aussi rêveur qu'un gamin qui dit vouloir être astronaute.
Il faut laisser croire qu'on juge ce travail comme un truc blasant, comme une source de revenu fiable.
Parce qu'on « ne travaille pas pour le plaisir ».

Malgré tout, une fois sur deux on me répond

-ah...

Et ça clos la discussion.
Je trouve ça révoltant....

# Posté le dimanche 02 novembre 2008 09:29

Un soir, dans la ruelle

Un soir, dans la ruelle
Un soir, dans la ruelle

J'ignorais encore quelle folie m'avait poussé à emprunter ce redoutable trajet.
Peut-être m'étais-je laissé tromper par ce traître soleil d'hiver, qui avait vite fait de disparaître avec sa lumière et sa chaleur. Peut-être aussi avais-je été trop avare de la somme d'argent que j'aurais pu investir dans un confortable retour en taxi. Il me semblait maintenant évident que j'avais fais le pire des choix,
alors que mes pieds s'enfonçaient dans un 6 cm de neige et que mon dos peinait sous la lourde charge de mon sac d'école. Mes yeux, eux, scrutaient difficilement les ténèbres de la sinistre ruelle.
Quand plus tard je me retrouvai dans une noirceur presque totale, sans aucun éclairage électrique, je fus pris d'un excès de paranoïa. Je pouvais presque sentir le souffle d'un étranger sur ma nuque,
ou sa main frôlant mon épaule. Pour lutter contre ma phobie, j'eus le curieux réflexe de prendre mon cellulaire et de composer le code d'accès à la boîte vocale. Ainsi, je pourrais puérilement me rassurer en
écoutant la voie de mes proches, dans leurs messages que je n'avais pas encore supprimés.

Bizarrement, la voie préprogrammée du répondeur m'annonça que j'avais "un nouveau message". Pourtant je ne croyais pas avoir manqué le moindre appel durant la journée. Je m'empressai de faire l'option "lecture".
C'est une voie paniquée qui hurla;
«Allô ?!?, il y a quelqu'un ?».
Ce bref message se conclut d'un déclic. Sur le coup, je fus quelques peu déstabilisé. J'aurais juré que cette effrayante plainte avait été enregistrée par ma propre voie. L'imitation était extrêmement fidèle, à l'octave près. Je fis l'option "répétition", afin de mieux faire la comparaison. Mais cette fois ce fut une lamentation infiniment plus désespérée qui clama;
«NE TE RETOUNE PAS !»
La voie était beaucoup trop assourdissante pour simplement provenir du haut parleur de mon téléphone bon marché. Cette phrase se muta en un long cri strident. Complètement paniqué, je criai à mon tour et lançai l'appareil au loin. Dans une montée d'adrénaline, je me mis à courir. Dans cette transe, je n'avais plus conscience du froid mordant mon visage et de ce sac-à-dos si encombrant. Je n'osai même pas me retourner. Bien que je ne sois pas d'un naturel naïf, ce message hurlant d'une voie si semblable à la mienne m'avait fait perdre tout jugement.

Complètement en nage, j'atteignis finalement ma maison et m'y enfermai à double tour. Je restai peut-être une heure accroupit sur la porte d'entrée, n'écoutant que le son saccadé de ma respiration. Ce n'est qu'en retirant mon lourd sac d'école que je pris conscience du danger auquel j'avais échappé. Sa surface était complètement en lambeaux.
C'est à cet instant précis que je sus qu'il y avait quelqu'un d'autre que moi dans la ruelle.
Une personne qui avait doucement déchiqueté mon sac avec une lame de couteau.
À mon insu, attendant patiemment le moment...
Où je me retournerais.

# Posté le vendredi 07 novembre 2008 07:15

La lame

La lame
La lame

Nigel était une personne qui semblait choyée par la vie. En effet, il avait toujours pu jouir de l'abondance des écoles privées et de la chaleur des cartiers riches. Pourtant, tous ces détails ne l'avaient jamais rendu heureux. Mais ça, ses amis l'ignoraient, puisque Nigel n'abordait jamais le sujet de sa vie personnelle chaotique. Évidemment, il lui aurait été possible de consulter un psychologue, afin de soulager cette blessure intérieure. Toutefois, le jeune homme s'était trouvé une autre façon d'oublier ses problèmes. C'était une sorte de rituel, qu'il s'apprêtait à répéter, en ce matin d'octobre. Pour ce, il s'enferma dans une pièce étroite et empoigna un objet familier; une sorte de couteau très effilé.

Les longs doigts de Nigel se mariaient parfaitement au manche métallique de l'objet. Il eu seulement à regarder la lame aiguisée pour déjà sentir sa dépression le préoccuper de moins en moins. D'un geste vif, il fit une première entaille, sur la peau du thorax. La plaie qui s'en dessina semblait rayonner d'une lueur rougeâtre.
Nigel sourit en repensant aux premières années, où il ne pouvait que manier avec tremblement cette arme potentiellement meurtrière. Il avait toutefois finit par gagner en assurance, à mesure que cette action devenait journalière. Il respira un moment et déchira une fois de plus la chair rosée. En apercevant les premières gouttes de sang, il oublia pour de bon tous ces soucis. Il s'empressa d'éponger le filet couleur rubis, avec un morceau de linge stérile. Il attendit quelques secondes, mais l'hémorragie ne semblait pas vouloir s'arrêter. Pour la première fois depuis longtemps, il sentit la panique se dresser en lui. L'incision était-elle trop profonde ? Le c½ur battant douloureusement à ses tempes, l'homme tenta d'arrêter le flot d'hémoglobine.
Mais il était trop tard...
Il n'y avait plus de pouls.

Il eu comme un silence dans la pièce, avant que Nigel se décide à confier son scalpel à l'infirmière. Il jeta un dernier regard au patient maintenant décédé, avant de sortir de la salle d'opération. Même en étant un chirurgien diplômé, il se sentirait toujours coupable en ne pouvant sauver un malade à temps.

# Posté le mardi 02 décembre 2008 17:25